9 juin 2017

Femmes au pouvoir

Partout à travers le monde, les femmes gagnent du terrain sur la scène politique et dans le monde des affaires en général.

Au moment d’écrire cet article, les présidentielles américaines sont terminées avec le résultat que l’on connaît. Pour la deuxième fois de sa carrière, Hillary Clinton aspirait à occuper l’une des fonctions les plus prestigieuses au monde : la présidence des États‑Unis. Au terme d’une campagne qui en a laissé plus d’un et plus d’une perplexes, Mme Clinton, qui aurait pu devenir la première femme de l’histoire des États‑Unis à présider cette puissante nation, a conclu ainsi son discours : « À toutes les jeunes filles qui nous regardent, ne doutez jamais de votre valeur et de vos forces, et vous méritez toutes les chances et les occasions de poursuivre et d’atteindre vos propres rêves »

Le parcours d’Hillary Clinton est loin d’être banal. Mais il existe des centaines de femmes dans le monde pour qui le parcours professionnel, politique ou social l’est tout aussi peu. Les médias ne les projettent peut-être pas sous les feux de la rampe, mais leurs responsabilités, leur vision et leur volonté à vouloir faire avancer leur cause ou leur entreprise n’en demeurent pas moins exceptionnels et dignes de mention. Quel sens donnent-elles à cet engagement dans l’exercice de leur « pouvoir »? Voyons ce qu’il en est dans l’industrie aérospatiale québécoise, un secteur d’activités qui se conjugue davantage au masculin qu’au féminin à tous les échelons de la hiérarchie.

Pour Suzanne M. Benoît, présidente-directrice générale d’Aéro Montréalii, « une femme au pouvoir est une femme qui a la possibilité de changer les choses ». Mme M. Benoît préside les destinées d’Aéro Montréal depuis sa création en 2006. L’aérospatiale québécoise a beaucoup évolué en dix ans, connaissant des périodes de croissance de pointe et de décroissance depuis la récession de 2008-2009. Malgré ces zones de turbulence, Mme M.Benoît n’a pas hésité à mettre à profit sa riche expérience des milieux politiques et du développement économique sur les scènes nationale et internationale pour faire évoluer l’organisme en une entité représentative des enjeux stratégiques actuels et futurs du secteur. Aéro Montréal est devenue aujourd’hui la voie de l’industrie aérospatiale du Québec, tant sur la scène nationale qu’internationale, parce qu’elle a su lui imprimer toute l’ambition qu’elle lui vouait dès le départ. « De nombreuses femmes ont le pouvoir mais ne l’utilisent pas, de crainte de se mouiller ou d’affirmer leur ambitions », dit-elle, ajoutant « qu’il revient aux femmes d’utiliser cette capacité ».

Le résultat tangible de sa capacité à connaître et utiliser les bons leviers d’intervention, à oser prendre des risques et à affirmer son ambition fait qu’aujourd’hui, le Québec est reconnu à l’échelle internationale comme un pôle mondial en aérospatiale. Le secteur se classe au premier rang des exportations québécoises. La grappe industrielle regroupe près de 200 entreprises – dont plusieurs se retrouvent dans le top 100 mondial – qui ont généré 15,5 milliards $ de chiffres d’affaires en 2015. On y retrouve 40 160 emplois à haute valeur ajoutée pour l’économie. De plus, avec plus de 70 % des investissements du Canada réalisés dans la grande région de Montréal, le Québec est le principal centre des activités de recherche et développement en aérospatiale au Canada.


Hélène V. Gagnon, vice-présidente, Affaires publiques et communications mondiales chez CAEiii, utilise plutôt le terme « influence » que « pouvoir », précisant que « la capacité à influencer, à rallier les gens, est ce qui accorde un certain pouvoir ». « De façon objective, si quelqu’un regarde la taille des équipes ou les budgets de quelques millions de dollars que j’ai gérés durant ma carrière, par rapport à d’autres collègues, cela semble peu. Pourtant, je pense que mes collègues actuels ou ceux des entreprises où j’ai travaillé auparavant reconnaîtraient que je suis une « femme d’influence » autant en entreprise qu’au sein de la communauté en général », ajoute-t-elle.

Savoir tisser son réseau

Le cheminement de carrière de ces deux femmes est éloquent. Nul doute que les expériences professionnelles qu’elles ont vécues et que les contacts qu’elles ont établis leur ont été utiles pour se tailler la place qu’elles occupent aujourd’hui dans l’industrie aérospatiale et à devenir des influenceurs clés. « Sans aucune hésitation, je dirais que l’importance de mon réseau dans les postes que j’ai occupés a contribué à créer mes opportunités de carrière », souligne Hélène V. Gagnon. Suzanne M. Benoît a oeuvré dans des postes de haute direction à Développement economique Longueuil (DEL), chez Investissement Québec, Hydro‑Québec ainsi qu’au sein de la fonction publique fédérale. Ses responsabilités ont, entre autres,porté sur la prospection d’investissements étrangers,les relations gouvernementales et institutionnelles, les affaires étrangères et internationales. En décembre 2014, le premier ministre du Canada l’a nommée au Conseil consultatif des gens d’affaires (ABAC) de l’Organisation de coopération économique d’Asie-Pacifique (APEC), un des forums régionaux les plus importants au monde. Mme M.Benoît siège sur de nombreux conseils d’administration, nommément au comité exécutif et au conseil d’administration du Projet mobilisateur de l’avion écologique (SA2GE), Sous-traitance industrielle Québec (STIQ), le Conseil Emploi Métropole, le Consortium de recherche et d’innovation en aérospatiale au Québec (CRIAQ), et le Comité sectoriel de la main-d’oeuvre en aérospatiale (CAMAQ). Elle n’hésite pas, de surcroît, à soutenir plusieurs causes qui lui tiennent à coeur.

Avant sa nomination à CAE, Mme V. Gagnon, qui est avocate de formation, a travaillé 11 ans chez Bombardier, dont huit ans en tant que vice-présidente, Affaires publiques, Communications, Responsabilité sociale d’entreprise et Système pour atteindre l’excellence chez Bombardier Aéronautique, le troisième plus important fabricant d’avions civils au monde. Elle a amorcé sa carrière en 1995 au cabinet d’avocats Fasken en tant que spécialiste en droit de l’environnement. En 2000, elle s’est jointe à la multinationale du secteur des mines et métaux Noranda Inc. Falconbridge Limited (aujourd’hui XStrata) à titre de directrice, Affaires publiques pour le Québec. Elle s’est impliquée au sein de plus de 50 organisations au cours des 22 dernières années, et a siégé à 24 conseils d’administration. Elle a remporté plus de 50 bourses d’études, récompenses, distinctions et prix d’excellence, dont le prestigieux prix Top 100 des Canadiennes les plus influentes, décerné par le Réseau des femmes exécutives en 2007.

L’aérospatiale

Suzanne M. Benoît et Hélène V. Gagnon figurent parmi des femmes de haut rang dans l’aérospatiale, des femmes pour qui le pouvoir s’exerce par l’influence, l’ambition et l’excellence de leurs actions. Nous pourrions citer d’autres cas d’entreprises du secteur où les femmes agissent comme têtes dirigeantes ou dans des postes de gestion importants. C’est le cas entre autres de Bell Helicopter Textron, Pratt & Whitney Canada, ou encore, du Comité sectoriel de la
main-d’oeuvre en aérospatiale du Québec (CAMAQ).

Si les Américains sont passés près d’écrire une nouvelle page d’histoire lors des dernières élections présidentielles, on peut dire que l’aérospatiale québécoise est en voie d’en écrire une plus optimiste pour les femmes qui, petit à petit, gagnent du terrain.


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